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Chroniques d'un voyageur parmi tant d'autres, tome III
(Benoit Martin en Allemagne, aux Émirats Arabes Unis, en Oman, en Inde, au Népal, en France et en Espagne)


Photos / Pictures


Bref résumé des événements et circonstances:
Tous les textes du Tome III qui avaient été publiés sur mon site web avaient été détruits dans l'effacement de mon site du 1er août 2005.
(Plus d'information à propos de cet événement ici.)

Par chance, grâce à quelques amis et lecteurs, ainsi qu'au site www.archive.org, j'ai retrouvé quelques-un de mes textes disparus, ceux datant d'avant le 15 février 2005.
Les voici donc...

(Je n'ai toutefois retrouvé aucune de mes photos du tome 3, malheureusement. Si, par chance, vous aviez sauvegardé une copie de mes textes ou de mes photos, vous me rendriez très heureux en me les envoyant par courriel: ben2 [A] benoitmartin [POINT] com )


Chroniques d'un voyageur parmi tant d'autres, tome III

 

Légende :

 

Ligne simple de démarcation dans un texte

 

 

Même jour, mais à un moment différent

 

 

Jour différent

 

 

 

 

 

 

 

St-Bruno, Québec, 16 heures avant mon départ

2004.11.22

 

Je retourne tout à l'heure en Allemagne, retrouver Ulrika.

 

Tout à l'heure. Je dois dormir auparavant. On pourrait dire qu'il est encore hier, puisque je ne me suis pas encore couché. Toujours à la dernière minute pour mes départs en voyage....

 

 

Eh bien, c'est cela, je pars à nouveau.... Rien de vraiment plus à dire.

 

Une dernière nuit au Québec, et puis mes pas s'envoleront vers l'Inde, la main de ma dulcinée dans la mienne...

 

 

 

 

Leipzig, Allemagne

2004.11.29

 

Dans 2 jours, nous (Ulrika & moi) partons à nouveau. Vers les Émirats Arabes Unis, pour une semaine, et ensuite vers Mumbai, en Inde. Nous irons au sud, nous ne savons pas encore trop où.

 

Il devrait faire chaud, dans le désert. 25 ou 30 C, si ce n'est pas plus....

 

 

Les textes du Tome II sont maintenant terminés. Je les ai recopiés.

 

Bon, c'est tout. Rendez-vous plus tard.....

 

 

 

 

Départ de Leipzig

2004.12.01

 

Le 1er décembre.... Nous partons !

 

Dans quelques minutes (Ulrika me presse déjà...), mes souliers seront attachés, et mon sac sera à nouveau sur mon dos.

 

Histoire sans paroles, d'Harmonium, finit ses derniers accords tout autour de moi. Le dernier souffle de flûte s'éteint...

 

Émirats Arabes Unis & Inde, nous voici !

 

 

 

 

Abu Dhabi

2004.12.03

 

Abu Dhabi. Nous nous sommes baignés dans le golfe Persique. L'eau est très salée.

 

Peu à peu, j'apprends l'envers du décor de cet immense mirage que sont les Émirats Arabes Unis (EAU) ainsi que leur immense richesse....

 

Il n'y a pas de taxes ici. Pas d'impôt particulier (peut-être même pas pour les compagnies, je ne sais pas), rien... Ca en dit déjà beaucoup sur la richesse du pays. Si le gouvernement ne voit pas le besoin de lever des impôts...

 

Les EAU sont une incongruité. En plein milieu du désert. Un peu comme Las Vegas, mais pire. Plus gros, plus scintillant. Mais pas de néons de couleurs, d'argent (cash) scintillant.

 

Le pays ayant la plus grande consommation d'eau par habitant au monde c’est ici. En plein milieu du désert....

 

Et ces bizarreries étranges que sont les EAU, sortis des sables comme un ver de sable dunien géant, sont dus, bien évidemment, au pétrole. Donc a nous. Nous faisons pousser les tours de verre en remplissant nos voitures de liquide inflammable... C'est de l'agriculture métallurgique.

 

 

Nous espérons pouvoir aller dans le désert dans les prochains jours. Pour voir ce qui est vrai

 

 

 

 

Ajout de photos

2004.12.08

 

J'ai ajouté des photos hier, dans la section "Tome III", les premières de ce voyage. Des photos du départ, des Émirats Arabes Unis et d'Oman.

 

Nous partons pour l'Inde demain matin....

 

 

 

 

Mumbai (Bombay), près de la gare de train

2004.12.09

 

Nous sommes arrivés en Inde. Wouhou !!

 

Ah.... L'odeur des déchets, la pollution des voitures, la saleté partout, la quantité incroyable de personnes partout, le trafic impossible, les vieux taxis l'air d'avoir fait la guerre, le chaos ambiant, Home sweet home (Om sweet Om), nous voilà !

 

Nous prenons un train aujourd'hui même, pour nous rendre vers Tiruvanamalai. 30 heures de train pour la première section, ensuite on ne sait pas trop. Ça a vraiment bien tombé pour nous ! Nous ne nous sommes pas trop fait avoir (un peu, mais ça va, nous avons accepté en toute conscience), et nous quittons cette ville où tout est plus cher (surtout les hôtels, qui sont exorbitants - pour l'Inde) aujourd'hui même. Le prix des terrains prisés à Bombay est plus élevé que ceux de New York, soit dit en passant...

 

Nous allons à Tiruvanamalai, ville où est demeuré Ramana Maharshi - saint homme de l'Inde - presque toute sa vie. Y est également une montagne sacrée ainsi que des retraites avec Jaya & Gemma et puis Odelia & Ajay dans 1 mois, ainsi que des cours de yoga d'Odelia.

 

 

Je me suis rendu compte, un peu à mon étonnement, ne pas du tout être stressé en arrivant en Inde. Même pas un peu énervé. J'étais plus fébrile et excité en revenant au Québec il y à un mois. Là, c'est simplement normal, il n'y a rien d'extraordinaire.

 

Je n'ai pas eu de choc en arrivant, je n'étais pas tout mélangé à l'aéroport, ni confus ou dépassé devant tout le chaos indien. Je savais où m'en aller, même si je ne suis jamais passé par Mumbai, je savais comment les choses fonctionnent. Pas de stress, shanti shanti, on revient en Inde. On arrive un peu à la maison, chez nous...

 

 

Nous passerons donc notre prochaine journée entière, et même plus, dans un train, à lire, à dormir, à méditer, à regarder le paysage et le temps passer.... Shanti shanti...

 

 

 

 

Tiru

2004.12.13

 

Toujours en vie. Un peu malades, Ulrika plus que moi. Mais ce n'est pas grave, ça va passer. Ça fait partie d'un voyage en Inde, ça fait partie de la vie.

 

Nous partons pour Auroville, près de Pondicherry, dans une semaine, pour y passer le nouvel an. Ensuite de retour ici pour une retraite.

 

 

Je crois avoir oublié de l'écrire : Nous sommes ici pour 7 mois, jusqu'en juillet prochain.

 

À plus tard.

 

 

 

 

Tiru II

2004.12.17

 

Toujours en vie, une fois de plus. La grippe (ou la malaria, qui sait ?) est partie. Nous allons bien de nouveau.

 

De nouvelles photos ajoutées sur le site. Des textes à suivre plus tard...

 

 

 

 

Auroville, après le raz-de-marée...

2004.12.26

 

Il y a eu un tremblement de terre en Indonésie. Et nous avons eu beaucoup d'eau, très beaucoup d'eau, soudainement. Le niveau de la mer a monté de 6 ou 7 mètres, sinon plus, en une minute et demie, pas plus. Le temps de mettre ses sandales qui étaient par terre sur le sol jusqu'alors sec et de courir vers l'entrée du terrain et Ulrika avait de l'eau jusqu'au haut des cuisses. Ce n'était pas juste quelques vagues qui apportaient de l'eau, c'était l'océan entier qui s'était soudainement élevé de niveau. Chaque vague apportait une autre couche d'eau par-dessus la masse qui n'était pas à sa place. On parle d'au-dessus d'un millier de morts en Inde et beaucoup plus au Sri Lanka, encore plus durement touché. Le Tamil Nadu, où nous sommes actuellement, serait l'état de l'Inde le plus affecté, selon les nouvelles qu'Internet apporte. Par ici, des huttes ont été démolies, des murs de brique couchés comme de rien, des portes fermées défoncées par la force de l'eau. L'endroit où nous avions chanté des bajans la veille de Noël est encore sous plusieurs pieds d'eau. La forme de la plage a été profondément redessinée, passant d'une descente relativement escarpée vers la mer à une longue et douce pente. Ça, c'est une amélioration.

 

Ça a causé un moyen choc, ici. De l'eau qui monte, et vite, à l'endroit où on se prélassait normalement dans un hamac, à côté du petit resto. Il y avait un bon 3 pieds d'eau dans la maison de ceux qui opéraient l'endroit où nous demeurions, et ce, après que l'océan se fut retiré. L'eau est entrée par les fenêtres qui sont à la hauteur des épaules.

 

Nous avons été chanceux, Ulrika et moi, nous n'avons pas eu de dommages. Il restait 2 pieds avant le plancher de notre hutte sur pilotis, et les piliers de granit sur lesquels elle repose ne se sont pas couchés. Plusieurs de nos amis n'ont pas eu cette chance et ont retrouvé leur hutte un peu plus loin, avec leurs affaires tout partout autour (pour ce qui a été retrouvé). Tout trempe, évidemment, tout dégeulasse de ce qu'une inondation apporte comme saleté. Une partie du contenu des fosses septiques flottait à la surface, entre les gens essayant de se déplacer sans trop savoir quoi faire. Des motos auparavant stationnées près de la plage ont été transportées à l'autre bout du terrain. Une communauté d'Auroville, Waves, a été, je dirais, totalement démolie. Il ne reste plus rien d'habitable. D'autres communautés ont été également assez endommagées. Nous n'irons plus à la plage ici pour un certain temps, je crois.

 

Les villages aux alentours ont été passablement abîmés. Il y avait un paquet de bateaux de pêcheurs, d'habitude, un peu plus loin sur la plage. Il n'y en avait plus un seul lorsque j'ai escaladé la clôture de ronces et de débris pour aller sur la plage, lorsque ce fut possible. J'avais de l'eau aux genoux, il y avait des centaines d'Indiens sur la plage, l'agitation était grande. Des meubles flottaient dans la mer, à la place des bateaux disparus. (Beaucoup d'Indiens ne savent pas nager, peut-être même la majorité, aussi étrange que cela puisse paraître.)

 

La mer a monté, elle s'est retirée, et elle est maintenant d'une couleur rouge, chargée de sable et de débris, encore pleine de force. Elle recule parfois, comme pour prendre son élan, et remonte encore, mais pas aussi haut.

 

Nous - Ulrika, moi et nos amis occidentaux - n'avons pas été tellement touchés. (Bon, on pourrait dire que cette affirmation est discutable.) Ça aurait pu être pire, bien pire. Et en haut, à peine 5 kilomètres plus loin, il n'y avait que les nouvelles des gens pour laisser croire que quelque chose s'était passé.

 

Ça c'est donc les nouvelles d'aujourd'hui. Le raz-de-marée que nous avons traversé. Pas trop grave pour nous, mais pour d'autres ce fut dévastateur.

 

 

 

 

Auroville, l'année d'après.

2005.01.01

 

Ah bien, on est en 2005....

 

Pas grand chose à dire là-dessus....

 

Nous sommes toujours à Auroville. Et non, nous ne sommes pas les grands sauveurs humanistes de la population dévastée passant leur temps à sauver des vies et recevant des sourires en récompense. Non, il y a peu qu'on puisse faire par ici. Les gens ont besoin de nourriture, de couvertures, de support, et les organisations ont besoin d'argent pour les aider. Et il y a surtout la grande différence culturelle et du niveau de vie, ainsi que la barrière de la langue qui me séparent de ceux qui ont été le plus touchés. À mes yeux d'Occidental ils étaient déjà presque en situation d'urgence permanente auparavant. Comment devrais-je aider une famille qui vivait dans une maison de boue, sans porte, en dormant 4 ou 5 personnes par terre dans une pièce minuscule (la seule de la maison) avec une simple petite couverture. Les tout-petits n'ont souvent pas de vêtements, ou juste à moitié. La source d'eau est plus loin dans la "rue", pour la nourriture je ne sais vraiment pas comment ils font et pour les toilettes, je sais juste qu'ils vont exécrémenter sur la plage au matin, et l'océan fait disparaître le reste, après quelques jours. (Et c'est vrai, c'est parfois un peu désagréable de se baigner dans l'eau en voyant les indiens accroupis sur la plage un peu partout, qui ensuite se lèvent et marchent se tremper les fesses dans l'eau pour les rincer.)

Alors comment est-ce que je pourrais vraiment les aider ? Qu'est-ce qu'ils veulent, de quoi est-ce qu'ils ont besoin ?

 

De nourriture, de couvertures (c'est froid pour eux la nuit), de malles en métal ils ont besoin, d'après ce qu'on m'a dit. Et d'argent, surtout. Pour les organismes qui eux, savent comment les aider (ou en tout cas plus que moi).

 

Auroville a installé un camp de réfugiés quelques heures après que le raz-de-marée soit passé, à 9h00 du matin. Plus de 700 repas ont été servis le même après-midi, et quelques milliers un peu plus tard. Ils sont encore, à ce que je sache, un très grand nombre à ce camp, une semaine après le désastre.

 

Auroville a, d'après ce que j'ai pu voir, lire et me faire dire, très bien réagi et ce, rapidement. (Combien de temps cela prendrait à un petit village de 2000 personnes de loger et nourrir d'urgence plusieurs milliers de réfugiés ? Auroville l'a fait en 3 ou 4 heures.)

 

D'argent, ils ont besoin. C'est un gros trou dans le budget ça, je suppose. Ce n'était pas prévu, et ce n'est pas terminé.

 

Plus de détails à :

http://www.auroville.org/tsunami/news/crisis.htm

(Quelques-unes de mes photos sont sur cette page web, d'ailleurs.)

 

Ils ont besoin d'argent, je le répète encore une fois. (Donation en ligne possible via ce site.) Ici je suis certain que l'argent ira au bon endroit, et non pas dans les poches d'un paquet de gens divers avant d'arriver (s'il arrive) sur les lieux du besoin.

 

 

Ces photos ne rendent pas vraiment hommage à l'ampleur des dégâts. Ça paraît toujours moins pire en photo, surtout lorsqu'on n'a pas connu l'endroit auparavant.

 

 

Je dois avouer que j'ai un peu de misère à saisir l'ampleur de ce qui s'est passé.

 

Bon, ok, une grosse vague, l'océan qui subitement monte d'un coup, de l'eau partout, des maisons démolies, et l'eau se retire et puis plus rien. J'ai encore tout mes bagages, je ne suis pas vraiment blessé (quelques épines de cactus, des égratignures aux jambes, rien, finalement) et puis nous nous relogeons à 5 km de là où rien ne laisse paraître qu'il est arrivé quelque chose. La vie normale continue.

 

Mais les journaux nous assaillent de chiffres. Internet me disait 7000 cette journée-la et je croyais 3000 plus résonnable, car il y a toujours de l'exagération. Mais au fil des jours, nous avons vu 10 000, 15 000, 20 000, 40 000, 50 000, peut-être jusqu'à 60 000, et là c'est 100 000, 1,2 laks (1 lak = "cent mille" en Inde, ils n'utilisent pas le terme "million" ici), et puis 1,5 laks et peut-être jusqu'à 2 laks (soit 200 000), en Asie entière. Je parle du nombre de morts.

 

Mais j'ai de la difficulté à réaliser, à conceptualiser. Nous étions dedans, en plein dedans. Ça représente combien, ça, 100 000 morts ?

 

Je disais un peu nonchalamment à une amie dans un email qu'il n'y avait pas tant de dégâts que cela ici. "À peu près la moitié des bâtiments sur la plage sont encore debout", que j'ai écrit....

 

Mais à 200 mètres de la plage il n'y a pas de traces, rien....

 

Un ami rencontré à Auroville était dans une des communautés les plus dévastées (totalement détruite), et il dormait, a été réveillé par l'eau qui soulevait son lit, la porte s'est fracassée et il a été charrié dehors juste avant que le bâtiment de briques ne s'effondre. À quelques instants près. Il n'a rien retrouvé de ses affaires, sauf quelques petits morceaux à gauche et à droite. Mais quand je l'ai rencontré, il avait du linge propre, blanc, sur lui, et moi j'ai encode toutes mes choses.

 

Une amie a eu sa hutte emportée un peu plus loin, à côté de ses pilotis, et a repêché ses possessions un peu partout, tout sales, tout trempes. Mais elle ne s'en faisait pas trop pour cela.

 

On parle de milliers de mort, mais je n'en ai pas vu un seul, je n'ai vu que des routes détruites, un paquet de ruines, des morceaux de mer partout, et 3 ou 4 rectangles de sable surélevés, un peu comme un château ou une construction du genre, fraîchement faits, avec des fleurs dessus.

 

J'ai vu l'eau, j'étais dedans, mais l'eau s'est retirée, et elle n'est plus là.

 

Il m'est difficile de comprendre, de réaliser, alors que je suis assis dans un café Internet à 100 mètres de la plage.

 

 

C'est là où j'en suis présentement. À regarder les chiffres monter et à ne pas trop comprendre.....

 

 

Nous partons bientôt pour Tiruvanamalai, pour 2 retraites, et immédiatement ensuite pour Bodhgaya, à 3 jours de train, pour une autre retraite, suivi d'un programme à Sarnath, près de Varanasi. Donc il est possible que je ne donne pas de nouvelles pour les 2 prochains mois, jusqu'à la fin février.

 

D'autres photos ont été ajoutées sur le site. Des photos du raz-de-marée, et d'après...

 

 

 

 

Tiruvanamalai - À propos des médias et du tsunami

2005.01.04

 

Ulrika et moi remarquons que les gens que l'on connaît semblent beaucoup plus énervés et traumatisés que nous a propos du tsunami que nous-mêmes, ou que ceux qui sont dans le coin. Ulrika dit que "c'est normal, eux ils regardent la télé"....

 

Des gens annulent leur voyage en Inde en croyant que le pays entier est une zone dévastée. D'autres personnes ont annulé leur participation à la retraite de méditation à cause du tsunami, alors que le lieu de la retraite, Tiruvanamalai, est situé à plus de 50 km (si ce n'est pas 100 km !) de la côte.

 

En lisant mes courriels rapidement, j'ai vu que les gens croient que je suis totalement traumatisé de ce que j'ai vécu, et qu'il me faudra peut-être des mois pour m'en remettre.

 

C'est une sorte de psychose collective qui se passe en se moment, surtout ailleurs que sur les lieux touchés. Plus les gens sont loin, plus ils semblent avoir une vision déformée des choses.

 

Le "pouvoir des médias", qu'on appelle.... Une autre amie me parlait du "pouvoir de l'image". Nous, ici, on n'a pas vu sans arrêt des reportages télévisuels avec images-choc plus fracassantes les unes que les autres depuis une semaine, alors on n'est pas si énervés que cela.

 

Oui, ils s'est passé quelque chose de terrible, oui une grande quantité de gens sont morts, mais ce n'est pas l'Asie entière qui est à feu et à sang..... 20 000 personnes qui meurent en Inde, pays de plus de 1 000 000 000 habitants, c'est un peu comme 600 personnes qui meurent au Canada. C'est une tragédie, c'est horrible, c'est très grave, mais on n'annule pas un voyage au Canada pour cela ! C'est grand le Canada.... C'est grand, l'Asie, tsé.... (Et l'Irak, il arrive quoi avec ça ? On a-tu fini de le "libérer", enfin ? Et Ben Laden, on l'a oublié, lui ?)

 

Bon, j'exagère un peu, mais pas tant que cela....

 

La télévision, ce n'est pas la réalité. L'image que les médias transmettent, ce n'est pas la réalité.

 

 

 

 

Tiruvanamalai, à quelques heures du départ

2005.01.23

 

Nous partons pour le nord de l'Inde, pour Bodhgaya, dans quelques heures. 5 heures d'autobus, et plusieurs dizaines d'heures de train (genre 50) nous attendent. Nous arriverons à Bodhgaya un matin, après 3 nuits dans 2 différents trains (nous sommes le 23, nous arriverons le 26), juste à temps pour le début de la retraite de Bodhgaya.

 

Ariane devrait être là, avec son copain Jonathan. Ils sont actuellement dans une retraite eux aussi, si je ne me trompe pas.

 

Il semblerait qu'il y ait une vague de froid dans le nord. J'en serais presque heureux, je trouve les 25 ou 30 C d'ici parfois un peu trop chauds....

 

 

 

 

Delhi, ville désagréable

2005.02.06

 

Nous sommes à Delhi, parce que je suis malade (encore).

 

Nous avons quitté, Ulrika et moi, la retraite de Bodhgaya en plein milieu pour cause d'un résultat d'un test sanguin qui déclarait que j'avais l'hépatite A et B. L'hépatite A est très contagieuse, et la B peut devenir chronique et aboutir à un cancer du foie si malchanceux. Nous sommes donc partis d'urgence pour Delhi, vers un des meilleurs hôpitaux.

 

Ce fut assez traumatisant et désagréable de quitter une retraite de méditation (en silence) en l'espace de quelques heures, pour se retrouver à la gare de train à essayer d'avoir un billet pour Delhi, la ville que je considère être la plus désagréable et difficile de l'Inde.

 

Nous avons pu prendre un train à 3 heures du matin, après beaucoup de stress et quelques heures de semi-sommeil dans une chambre crasseuse, bruyante et empestant le tuyau d'échappement. Puis nous sommes arrivés à Delhi à minuit, et sommes allés à l'hôpital au matin suivant.

 

À l'hôpital ils ont fait un paquet d'erreurs, en commençant par faire un test uniquement pour l'hépatite B alors que nous avions demandé pour toutes les hépatites, de A à E, ce qui nous a fait perdre 2 jours assez stressants. Nous attendons encore ces résultats, prévus pour demain et d'autres après-demain.

 

Pendant ce temps, je suis retombé malade, une forte diarrhée à nouveau.

 

Ça me fait vraiment chier (et c'est littéral), si je peux me permettre, d'être à Delhi présentement. La transition fut un peu comme de passer d'un mode de vie (pour l'esprit) d'hôtels 5 étoiles à aller vivre dans la rue à New York, et ce en l'espace de quelques heures, sans aucune transition. Cette comparaison tient pour le côté de l'esprit, et non pas du physique. Les conditions de retraite à Bodhgaya sont très rudimentaires, mais suffisantes. Et bien meilleures que Delhi, ça c’est certain.

 

Oui, je sais que le lieu physique n'a pas d'importance, qu'on peut être bien partout dans n'importe quelles conditions, mais là je ne suis pas bien du tout, et je déteste Delhi et sa surpopulation, et son bruit continuel, et sa pollution, et ses klaxons de voiture, et sa puanteur, et ses déchets, et ses vendeurs harcelants, et son trafic incroyable, et sa saleté crasse, et je ne suis pas content d'être là.

 

C'est tout ce que j'avais à dire.

 

 

 

-

2005.02.08

 

hallo everybody, this is ulrika.

sorry that i have not so nice news. benoit is since yesterday in the hospital because of dehydration. he has strong diarrhea, gangawater he said and the doctor gives him now sugarwater and antibiotics intravenoes. he is weak, a little bit afraid of everything and angry, because of so much unexpected difficulties... (its quite an event, an indian hospital, but i have hope, that he will survive.)

if you want to call him, he would be happy, but think about the timedifference. apollo hospital +91-(0)11-26925858 or +91-(0)11-26929801 he is in room 3403 and they can connect you

may he be well soon and may all beings be happy

love and light

ulrika

 

 

 

 

Delhi, on s'en va !

2005.02.15

 

Je suis sorti de l'hôpital. Enfin !

 

Je sens mon corps encore un peu fragile, mais ça va aller. Je n'ai pas l'intention de retomber malade. C'est assez, maintenant.

 

J'ai aussi appris durant cette période.

 

 

Nous prenons le train ce soir vers Varanasi, pour aller à Sarnath, rejoindre la sangha, pour reprendre là où nous avons laissé, autant que possible.

 

 

 

 

 

 

[...]  

 

 

 

[Gros trou dû à la disparition de mon site web...  J'avais peu écrit dans mes cahiers, et un peu plus directement sur mon site web.  La suite est les quelques textes retrouvés dans mes cahiers, qui n'avaient pas été publiés jusqu'à présent.]

 

 

 

 

 

 

 

 

Note de transcription

2006-01-24

 

[...??]

Ce qui suit était écrit dans mon cahier orange, que je traîne avec moi depuis un certain temps.

Je ne sais pas ce qui vient avant, si j'ai écrit dans un autre cahier...

 

Peut-être que oui....   Je ne sais pas....

 

Si c'est le cas, ce sera retranscrit plus tard...

 

Sinon alors cela débute ici, abruptement, soudainement.  Comme lorsqu'on arrive à la conscience.  Il n'y avait rien avant, et - soudainement - on est là, on essaie de comprendre - où on en est, qu'est-ce qu'il y avait avant, où est-ce qu'on est, vers où on va, qui on est, c'est quoi tout cela ??...

 

Ainsi débute ou non débute cette section de ces Chroniques....

 

 

 

 

 

Train Varanasi -> Lucknow  (Inde)

2005-03-29

 

            Que suis-je devenu?

 

            Beethoven dans la tête, la Septième.

 

            À me faire bardasser sur des bancs sales, pensant aux petits mondes bourgeois et bien rangés auxquels j'appartiens peut-être.

 

            La mauvaise humeur de mes derniers temps.

 

            La chaleur bientôt étouffante d'ici, aux alentours.

 

            Quel rôle, quelle tournure prendra ma vie?

            Cette illusion qui n'en est pas tout à fait une.  Mais pas ce que l'on croit non plus.

           

            "Le loup des steppes" à côté, un paquet de biscuits à la crème (et aux ronds de framboises chimiques sur le dessus) dans la main.

 

            "Chaï - Chaï!!" qu'hurlent des fantômes égarés, condamnés à parcourir les wagons pour l'éternité.

 

            Nager dans la terre?  Marcher sur l'eau?  Faire évaporer les nuages?

            Pour quoi?  Ou plutôt:  Pourquoi tout le reste?

 

 

            Cette illusion de liberté, dans le monde des humains.

           

           

            Le feu, c'est quoi?

           

           

            Tout est un équilibre si précaire...

 

 

 

 

Bhimtal, à la veille de la retraite de 2 mois.

2005-04-27

 

            Enfin!

           

            Ahhhh....  libéré...

 

            De mes obligations informatiques, pour 2 mois.  Nous débutons la préparation de la retraite de 2 mois demain, Ulrika, Anette, Jaya, Gemma et moi.

 

            J'ai libéré mon esprit de mes clients à facturer, de mes courriels non répondus, de paperasse ou cossins à organiser...

           

            Tous sauf un.  Le courriel d'un ami, Michel, auquel je n'ai pas encore répondu.  Il datait de plus loin, je ne l'ai pas vu dans mon "inbox" récent.  Il est apparu à mon esprit 100 mètres après avoir quitté le café Internet.

           

            Mais il faut mettre une limite à quelque part, alors je ne lui écrirai pas tout de suite.  J'aurai l'esprit vide d'ordinateur et d'Internet (autant que possible) durant la retraite.

           

            Mon corps tout entier tremble de toutes ces heures (ou à peu près) devant l'écran.  Mon écriture est vraiment illisible, ma main est toute saccadée....

 

            Une bonne chose de faite....

           

           

                        Je me sens libre, libéré...

                       

                        Je vais essayer d'aller appeler ma grand-mère...

 

 

 

 

Jour 37  (Retraite de 2 mois)

2005-06-06

 

            Il fut un temps où les gens n'avaient aucune idée de ce que l'on appelle communément les "germes" (bactéries, virus, champignons, etc.).  Et les premiers qui en ont entendu parler n'y croyaient absolument pas, ridiculisant totalement cette idée absurde.  "Quoi, de petits animaux qu'on ne peut pas voir et qui causent des maladies ?  Mais ça n'a aucun sens !  Je suis une personne de raison, moi !"

            Et nous, de notre époque, regardons ces gens avec condescendance, ou avons pitié de leur ignorance.  Ils pouvaient bien avoir tant de maladies et mourir si jeunes, en vivant avec des conditions d'hygiène et sanitaires si terribles !

            Tout ceci était il n'y a pas si longtemps...

           

           

            Et il sera un temps où les gens diront :  "Il fut un temps où les gens n'avaient aucune idée de ce qu'on appelle communément les "énergies".  Et les premiers qui en ont entendu parler n'y croyaient absolument pas, ridiculisant totalement cette idée absurde.  "Quoi, de subtiles énergies circulant dans mon corps et partout ailleurs, que je ne peux pas sentir et qui ont une influence sur moi ?  Mais ça n'a aucun sens, je suis une personne scientifique, moi !"

            Et nous regardons ces gens avec compassion pour leur ignorance.  Ils pouvaient bien être si malheureux, si névrosés et avoir tant de maladies chroniques et systémiques, en vivant avec des conditions énergétiques si terribles !

            Tout ceci était il n'y a pas si longtemps..."

 

 

 

 

[Fin des Chroniques d'un voyageur parmi tant d'autres, Tome III.  Suite au Tome IV.]

 

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Benoit Martin © 2002-17